La forme qui gagne : un workflow, un agent dedans
Les systèmes qui tournent réellement en production ont presque tous la même forme, et ce n’est ni le workflow pur ni l’agent autonome dont on parle. C’est une séquence fixe, écrite par une personne, avec un agent placé à la seule étape qui varie au point de ne pas pouvoir être ordonnée à l’avance. La raison en est économique autant que technique. Dans un processus réel, une étape résiste à la mise en séquence et les huit autres n’y résistent pas du tout. Confier l’ensemble à un agent revient à payer l’imprévisibilité, le coût par unité, la difficulté de test et la difficulté de diagnostic sur les neuf étapes, pour obtenir de l’adaptabilité sur une seule. Placer l’agent là où il sert conserve la capacité qui compte et rend le reste du système lisible, traçable et reprenable par quelqu’un qui n’était pas là au moment de sa construction. Cette forme se raconte moins bien qu’un agent autonome, et c’est celle qui survit aux trois ans pendant lesquels le système tournera.
Reconnaître l’étape qui mérite un agent
L’exercice de la feuille de papier sert exactement à cela. En écrivant la séquence, vous butez sur une étape, et c’est celle-là qu’il faut examiner.
Deux signes la caractérisent. Le contenu de l’étape suivante dépend de ce que celle-ci a trouvé, sur un espace trop large pour être énuméré. Ou les entrées varient tellement qu’aucune règle raisonnable ne les couvre.
Un troisième cas se présente souvent et n’en est pas un : l’étape paraît complexe parce que personne dans la pièce ne connaît réellement le processus. Cela se reconnaît à ce que deux personnes de l’équipe métier le décrivent différemment. La réponse n’est pas un agent, c’est une journée d’observation.
Ce que la forme mixte préserve
Le diagnostic reste possible. Quand quelque chose échoue, on sait à quelle étape et on lit le code des étapes fixes. Seule l’étape agentique demande une trace de décision, et elle est unique.
Le coût reste prévisible. Une seule étape consomme un nombre variable d’appels ; les autres en consomment zéro ou un. Le coût par unité traitée se calcule à l’avance avec une marge d’erreur étroite, ce qui est impossible sur un agent complet.
Les tests gardent un sens. Les étapes fixes se testent comme n’importe quel code. L’étape agentique se mesure sur un jeu d’évaluation. Les deux instruments existent et se complètent, au lieu qu’un seul instrument imparfait doive tout couvrir.
Les droits restent étroits. Les actions irréversibles se placent naturellement dans les étapes fixes, où elles s’exécutent sous condition écrite plutôt que sur décision d’un système. C’est le contrôle structurel le plus efficace disponible, et il vient gratuitement avec cette forme.
Ce qu’elle coûte, honnêtement
Cette architecture n’est pas gratuite et il serait malhonnête de le laisser croire. Elle demande de comprendre le processus avant de construire, ce qui représente un travail réel et souvent une semaine de terrain.
Elle est aussi moins tolérante aux situations imprévues. Un agent complet, face à un cas que personne n’avait envisagé, tente quelque chose ; un workflow s’arrête. On peut considérer cela comme une limite, et il vaut mieux y voir une propriété : un arrêt propre avec remontée vers une personne traite mieux l’inattendu qu’une tentative dont personne ne sait ce qu’elle a produit.
Le coût réel se situe donc en amont, dans le travail de compréhension, et il est payé une fois. Le coût d’un agent complet se situe en aval, dans le diagnostic, la facture et les incidents, et il est payé tous les mois.
Le cas où deux agents se justifient
Il arrive qu’un processus comporte deux étapes réellement imprévisibles, et la tentation est alors de revenir à un agent unique qui couvrirait tout. C’est généralement une erreur, pour une raison qui se démontre.
Deux agents séparés, chacun sur son étape, avec leurs propres outils et leurs propres droits, restent deux systèmes dont on peut raisonner séparément. Un agent unique qui couvre les deux étapes voit son espace de comportements multiplié plutôt qu’additionné, puisqu’il peut désormais combiner les outils des deux étapes dans un ordre que personne n’a envisagé.
La règle pratique consiste donc à garder les agents petits et séparés par des étapes fixes, même quand ils se suivent. La séquence entre eux reste écrite, les droits restent étroits, et chacun se mesure sur son propre jeu d’évaluation plutôt que sur un résultat global dont on ne saurait dire quelle étape l’a dégradé.
Commencer simple, et le rester
L’outillage d’orchestration est rarement nécessaire au début. Une séquence écrite dans le langage de l’équipe, avec des journaux lisibles et une reprise sur incident, couvre l’essentiel des besoins et se débogue par quelqu’un qui n’a suivi aucune formation particulière.
Les cadres dédiés deviennent utiles quand plusieurs systèmes de ce type coexistent et que leur exploitation gagne à être uniforme. Les adopter avant ce seuil ajoute une dépendance et un vocabulaire à un système qui n’en avait pas besoin, et la dépendance survit généralement à l’enthousiasme qui l’avait fait choisir.
La règle applicable ici est la même que partout dans ce métier : le système que vous laissez derrière vous doit être reprenable par l’équipe du client, pas par vous. Une séquence ordinaire avec un agent dedans passe ce test. Un assemblage de cadres à la mode le passe rarement.